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Entretien avec Sylvain Rodriguez, Directeur de la Photographie


Sylvain Rodriguez

Comment votre relation de travail avec Benoît Ameil a commencé et comment s'est développé votre collaboration ?

J'ai rencontré Benoît pendant mes études. Nous avons une partie de notre parcours en commun notamment dans l'apprentissage de l'image [BTS Audiovisuel option Image NDRL]. Après nos études, il a fait un stage auprès d'Yvan Lucas chez Eclair Laboratoires à l'étalonnage. De mon côté, j'ai poursuivi mes études et participé à des projets en tant qu'assistant caméra. Aujourd'hui j'alterne les projets en tant qu'assistant et chef opérateur.

A la fin de l'été 2005, Benoît m'a proposé son projet, son premier court-métrage, car il savait que nous avions le même goût de l'image. Benoît m'a donné cette chance de pouvoir avoir la même chaîne de fabrication de l'image que sur un long métrage. Bien entendu, nous étions toujours dans une économie de court-métrage. Nous avons donc tourné en Super 16mm mais post-produit chez Eclair Laboratoires qui nous garantissait une chaîne numérique.

Benoît était très attaché à la pellicule car il avait une idée précise des couleurs et de ses rendus sur la pellicule: le rouge de la marmite et de la nappe, le bleu de l'eau du bain, la nuit argenté... L'étalonnage numérique nous permettait de garder le contrôle sur les couleurs, d'affiner les zones de contrastes et surtout de minimiser la montée de grain lors du passage en 35mm. En effet, Benoît n'aime pas du tout voir le grain et je trouvais que le grain n'était pas un effet nécessaire à cette histoire.

Comment avez-vous préparé le tournage ?

Nous avons abordé l'image du film en la scindant en deux parties. Nous avons différencié l'intérieur de l'extérieur. Nous voulions une différence colorimétrique entre ces deux parties pour matérialiser le « cocon familial », pour montrer que les personnages vivent dans une bulle. Il y a d'un côté l'intérieur, la sphère privée de la famille, c'est-à-dire l'endroit où ils vivent, où la mère peut fantasmer sur George Clooney, où les relations familiales se tissent. Cette partie est dans les tons chauds.

L'autre partie, l'extérieur, dans les tons neutres-froids, montre la réalité de la situation. Elle symbolise, l'extérieur au sens large c'est-à-dire le voisinage, les autres, la société. Elle replace la famille et leur situation dans le contexte. La différence colorimétrique permet de montrer le décalage entre la situation de la famille et la situation « normalisée des autres », de la société. Par ce changement d'univers, cela permet au spectateur de se défocaliser en fin d'intrigue et de porter un jugement sur le rôle de chacun des personnages.

Aude Roman et Nicolas Buchoux

Quel atmosphère photographique aviez vous à l'esprit et comment l'avez vous créé ?

Nous voulions donner un look « rétro » pour créer un décalage avec le monde actuel, pour montrer une famille en perte de repère, pour donner un sens au passage à l'acte. En plus du travail photographique, le travail sur le décor, les accessoires et les costumes a permis de renforcer et d'accentuer le regard que l'on porte sur l'intrigue et sur les protagonistes. Nous avons créé ainsi une rupture basée à la fois sur l'image, le visuel, l'action et l'histoire

Benoît était très attaché aux textures des objets, à la patine des accessoires, aux motifs et aux rendus des couleurs afin de caractériser au mieux l'univers de la mère. A l'intérieur de la maison, nous voulions avoir une dominante dorée dans l'image mais nous voulions aussi garder la présence des autres couleurs. Nous avons privilégié les tons bruns-dorés de manières générales avec la présence de certaines couleurs comme le rouge, très présent autour de la table et très évocateur. Le fait de resserrer la palette colorimétrique, nous permet de rester dans un univers prédéfini.

Visuellement, nous avons partagé l'histoire qui se déroule dans la maison en plusieurs parties. Le premier acte sert d'énonciation. Je voulais insister sur les tons bruns pour donner un look ancien au décor et créer le décalage avec la réalité. On peut voir beaucoup d'objets ou de mobilier en bois à l'image. La palette colorimétrique est ainsi resserrée pour donner l'aspect de photo ancienne. Nous avons voulu mariés aux tons bruns, les tons dorés-ambrés pour donner une certaine convivialité. Dans la composition de la lumière, j'ai voulu rester en accord avec ce qui se passe et ne pas aller trop dans le farfelus dans cette phase d'énonciation. J'ai mis en place les codes photographiques du film en affirmant les choix esthétiques mais sans trop les faire ressortir.

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